
Luc Chaumar estime qu’il est inutile de chercher son coauteur : « C’est comme chercher la femme de sa vie, quand ça arrive un jour, c’est évident. Par contre, il est utile de savoir déceler le mauvais coauteur : par exemple, c’est celui qui vous lâche à la première réunion avec un producteur en disant en public : « je te l’avais bien dit » ou « cette bonne idée, elle est de moi ». Ce sont des petits tests bien pratiques ! ».
Ilan Duran Cohen (à la fois réalisateur, scénariste, et romancier) avoue avoir été plus rétif à la co-écriture : « Je n’avais pas envie de cette relation, je pensais pouvoir tout faire seul. Mais lorsque l’avance sur recettes m’a proposé une réécriture pour La confusion des genres, j’ai lu les fiches de lecture anonymes sur le scénario. Celle de Philippe Lasry était vraiment proche de moi. Philippe m’a redonné le plaisir de travailler à nouveau sur mon scénario qui m’avait usé ».
Philippe Lasry : « Un coauteur doit installer sa personnalité pour écrire le scénario, tout en se mettant au service du réalisateur. Etre en retrait et en avant en même temps. Cependant, en général il faut du temps pour se choisir : c’est un travail d’une telle intimité qu’il faut davantage qu’une simple discussion. En tant que coauteur, je teste les réalisateurs qui viennent vers moi. J’ai besoin de savoir si le temps que je vais passer avec eux va être agréable ou insupportable ».
Agnès de Sacy évoque sa méthode de travail avec la réalisatrice Zabou Breitman : « Nous bâtissons une histoire, une structure. Chacune a son ordinateur, on se passe et on se repasse les scènes. On les lit à haute voix. Zabou part parfois en improvisation sur un dialogue. Je note tout très vite, et cela constitue une matière à retravailler ensemble. Il faut accepter de dire non à l’autre et de se l’entendre dire, mais également de s’enthousiasmer devant une bonne idée. On n’est pas plus intelligent d’être uniquement dans la critique ».
Zabou Breitman précise son rôle dans la phase d’écriture : « Nous réfléchissons ensemble. C’est seulement lorsque les versions du scénario s’affinent que l’on peut différencier nos rôles. Il se forme une complémentarité. Moi, je peux commencer par l’envie d’une situation avant de savoir pourquoi cette situation existera. Agnès tient la structure, le pourquoi du comment. Agnès m’impose de ne pas me perdre. Comme le monteur à la fin du film ».
Agnès de Sacy précise : « L’un des rôles du co-scénariste est de lutter contre notre propre paresse. Nous avons tous tendance à « mettre la poussière sous le tapis » : on sait qu’il y a un problème, mais on tente de se le dissimuler. On se dit que c’est un détail, qu’on verra plus tard… Or, il ressortira toujours, un jour ou l’autre… ».
Anne-Louise Trividic évoque un autre aspect de la co-écriture : « Co-écrire abolit l’auto censure. À deux, je peux proposer des idées que j’aurais repoussées si j’écrivais seule. On est plus libre dans le dialogue que dans le monologue. D’autre part, des idées négligées le premier jour peuvent revenir le cinquième jour. Alors que seule, j’ai tendance à vite reléguer les choses. Avec quelqu’un, on peut resservir le plat. Il faut même savoir le faire si on croit fermement à une proposition ».
Luc Chaumar : « Je pense souvent à cette phrase d’Orson Welles : « Je ne veux pas être mal payé pour réaliser les rêves des autres ». Il faut donc aller vers les films qu’on a envie de faire, vers les personnes avec qui on a envie de travailler. Un producteur qui ne vous paie pas ne va pas se battre pour vous ».
Ilan Duran Cohen : « En télévision on écrit pour une case, au cinéma pour un certain public ou dans un certain genre. Le téléfilm est vraiment le medium du scénariste. Le réalisateur est considéré avant tout comme un technicien, ce qui me choque. D’ailleurs, les droits d’auteurs reviennent pour 90% au scénariste, et 10% au réalisateur, alors qu’en cinéma c’est 60% pour le scénariste et 40% pour le réalisateur ».
Anne Valton : « À la télévision les producteurs n’aiment pas qu’on leur propose un réalisateur car le producteur estime que c’est à lui de choisir. De plus, les scénaristes sont frustrés car le scénario terminé ne leur appartient plus. Le réalisateur peut en faire ce qu’il veut, y compris réécrire. Il est donc d’autant plus important d’écrire à deux à la télévision pour être plus fort. Quand l’un s’épuise, l’autre peut prendre le relais ».
« Si l’on est non pas co-auteur mais consultant, on ne reçoit pas de recettes sur l’exploitation de l’œuvre, ni en cas de diffusion ».
« Quand vous commencez à travailler sur un scénario, le producteur peut vous demander la possibilité de faire réécrire par quelqu’un d’autre, et de vous sortir du scénario. Il faut donc prévoir qu’il n’y ait pas d’adjonction d’auteur possible sans votre accord, surtout si c’est vous qui êtes à la base du projet ».
Extraits de la deuxième Rencontre CNC-SACD 2008/2009.
Modératrice : Noëlle Deschamps
Intervenants : Zabou Breitman, Luc Chaumar, Agnès de Sacy, Ilan
Duran Cohen, Philippe Lasry, Frédéric Tellier, Anne-Louise Trividic,
Anne Valton.
Compte-rendu : Valérie Ganne.