Association créée en 2006, Collectif Prod réunit des associations et des professionnels de la création cinématographique et audiovisuelle. La vocation : mettre en relation les personnes et organiser l’échange. Son président, Sylvain Girault, nous en dévoile la philosophie.

Que regroupe votre collectif ?
À la base, Collectif prod est une « association d’associations ». Nous l’avons ensuite ouverte aux personnes physiques. À l’heure actuelle, sur les 12 administrateurs siégeant au conseil d’administration, 6 ont des adhésions individuelles et 6 représentent des associations. De cette manière, nous voulons avoir un pied dans l’intérêt général, un pied dans l’intérêt privé ; un pied dans le lucratif et un pied dans le non-lucratif.
Quels types d’associations sont réunies ?
Nous trouvons bien sûr des associations qui produisent des courts métrages mais également d’autres comme Séquence 7 qui regroupe des jeunes scénaristes, Labomatic qui organise des ateliers en milieu hospitalier, Nisi Masa qui est l’antenne française d’une association européenne qui regroupe 19 pays, etc.
Quelle différence avec les différentes démarches existantes ?
En général, il y a les institutions d’un côté et les utilisateurs de services de l’autre, avec éventuellement des syndicats professionnels entre les deux.
L’organisation générale de ces organismes fonctionnent plutôt selon le mode du « web 1.0 », où les projets préexistent aux personnes. Les concepts qui régissent notre organisation sont différents puisqu’ils s’inspirent des modes d’organisation du « web 2.0 » : de la rencontre entre les personnes naissent les projets.
Comment caractériser votre Collectif ?
Trois notions fondamentales définissent notre collectif.
Tout d’abord la
notion de réseau : nous ne conditionnons pas notre service ou notre activité à une population définie. Nous nous situons à un carrefour et notre action est tournée vers notre environnement. En ce sens, nous ne sommes pas en compétition avec les autres associations présentes dans le milieu professionnel, mais en complémentarité.
La notion de tremplin professionnel : le collectif s’est monté avec des gens qui avaient crée des associations pour produire leurs films et ensuite certains d’entre eux ont fait le chemin de créer une SARL pour se diriger vers le long métrage. Notre structure n’est donc pas figée, mais elle évolue avec ses membres. Et chacun d’eux crée des opportunités pour l’ensemble du réseau.
La notion d’inter-professionnel : au sein du Collectif, se croisent des professionnels du cinéma (producteurs, réalisateurs, comédiens, techniciens), et ces rencontres donnent lieu à des tournages de films. Il y a également des personnes venant du droit, de la comptabilité, du milieu associatif au sens large, etc. Nous désirons que toutes ces personnes discutent entre elles et se complètent. Les gens qui se retrouvent dans le collectif partagent une même démarche : aller à la rencontre de l’autre, échanger, créer du réseau. Il est évident que les personnes attentistes n’obtiendront rien.
Quelles actions concrètes menez-vous pour animer ce réseau ?
Nous organisons deux projections mensuelles de courts métrages à Paris : au Café de Paris (« Les apéros-projos ») le premier vendredi du mois, et les projections au cinéma Grand Action (« Les courts du grand ») le troisième vendredi du mois, et où les courts métrages sont projetés sur écran panoramique. Pour nous, la diffusion n’est pas une fin en soi, elle est surtout prétexte à la rencontre. Les films proviennent des membres du réseau mais aussi de l’extérieur du collectif (des films auto-produits, produits par des associations ou par des sociétés de production). La subjectivité de ces soirées non compétitives est totalement assumée par les différents programmateurs qui les mettent en place.
Il y a également les Soirées Thémas portant sur des thèmes sociaux (handicap, vieillesse, etc.), avec des interventions divers. Il s’agit de projections de courts métrages documentaires par lesquels nous mettons en relation professionnels de l’image et acteurs citoyens.
Nos Ateliers Rencontres en milieu carcéral permettent d’offrir des moments culturels aux détenus. Ces rencontres sont aussi l’occasion pour les réalisateurs de rencontrer un public qui sort de leur sphère privée ou des festivals. Et les retours des détenus sur les films qu’ils découvrent sont souvent très riches !
Les « Ateliers de la prod » (qui se tiennent à l’espace Beaujon dans le 8ème arrondissement) sont des conférences avec des thèmes précis (le métier de scénariste, de comédien, faire son premier long métrage, la diffusion du court métrage, etc.). Les professionnels invités peuvent y témoignent de leur expérience.
Enfin, notre « Atelier d’expertise de projets de courts métrages » mis en place avec L’association Séquence 7 permet d’offrir des pistes de réécriture (via un script-doctoring) pour des scénarios proposés par de jeunes auteurs mais également des séances de pitching devant un parterre de producteurs qui seront organisées avec la Maison du Film Court.
Quels sont vos projets ?
En 2010, nous allons structurer l’ « inter-prod » afin de fédérer un réseau de sociétés de productions existantes en y intégrant des personnes qui désirent créer leur propre société. Ainsi, ils ne seront pas seuls au moment de la création de leur société et pourront obtenir des informations et des conseils.
Nous voulons aussi fédérer des associations qui ont une vie économique assez importante afin de mettre en place un catalogue de services. Cela aura des répercussions en interne (chacun saura très précisément qui fait quoi au sein du réseau et prendra l’habitude de renvoyer la balle en fonction des champs d’interventions de chacun), et vis à vis de l’extérieur, cela permettra de mutualiser l’effort de marketing et de démarchage notamment auprès des institutions. Par la suite, cette logique de mutualisation pourrait s’étendre aux locaux, aux services généraux, aux ressources humaines, etc.
Notre façon d’envisager et de penser le travail trouve ses racines dans la tradition de la Coopérative qui permet de regrouper les moyens qui profitent à tout le monde.
www.collectifprod.net